

CHARLES RONOT 1820-1895
Lions à l’orée du bois
Huile sur toile signée et datée 1866 en bas à gauche Dimensions avec cadre: 185 x 232 cm
Né le 28 mai 1820 à Belan-sur-Ource, petit village viticole de la Côte-d’Or, aux confins de la Champagne et de la Bourgogne, Charles Ronot appartient à cette génération de peintres provinciaux du XIXe siècle dont la carrière se noue entre deux fidélités rarement conciliées avec autant de constance : celle de la province natale, qu’il ne quittera jamais durablement, et celle de la scène parisienne, dont il traverse et honore les institutions les plus exigeantes sans jamais s’y dissoudre.
Sa formation initiale ne le destinait pourtant pas à la peinture. Issu d’une famille tournée vers les professions libérales, il entreprend des études de droit à Paris puis à Dijon et soutient, en 1842, une thèse de droit romain consacrée à la saisie-arrêt – exercice de rigueur intellectuelle qu’il ne tarde pas à transposer vers une discipline plus ancienne en lui : celle du dessin et de la composition picturale.
Ce choix le conduit dans l’atelier d’Auguste-Barthélemy Glaize (1807-1893), lui-même élève des frères Achille et Eugène Devéria et l’un des peintres d’histoire les plus considérés de sa génération : auteur de plusieurs cycles de décoration monumentale religieuse pour les églises parisiennes de Saint-Sulpice, Saint-Gervais-Saint-Protais et Saint-Eustache, Glaize compte aujourd’hui parmi ses oeuvres conservées au musée du Louvre (Héliodore chassé du temple, 1845 ; Les Femmes gauloises, 1851). C’est dans cet atelier, au contact d’un maître à la fois rompu à la grande composition d’histoire et aux chantiers monumentaux, que Ronot acquiert la discipline du contour, l’ambition de la composition à plusieurs figures et le souci de vérité anatomique qui distingueront toute son oeuvre – y compris, on le verra, dans son versant animalier.
« Lions à l’orée du bois » : le titre à lui seul situe la scène sur ce seuil incertain où la clairière cède à l’épaisseur du sous-bois – lisière propice à la rencontre autant qu’à la menace. Sur un format de plus de deux mètres de large – 158,5 x 206 cm hors cadre – qui place d’emblée cette toile dans le registre, plus rare, de la peinture d’exposition, Ronot met en scène trois fauves dominés par un jeu serré d’ombres et de lumière deux lions au premier plan, l’un rugissant de face vers le spectateur, l’autre avançant de profil, mufle contre mufle dans un instant suspendu entre la menace et l’apaisement; à l’arrièreplan, dans la pénombre du sous-bois, une lionne observe la scène, témoin silencieux dont la présence discrète charge la composition d’une tension supplémentaire.
e choix de la retenue – préférer la tension à l’action déclarée – révèle un parti pris esthétique assumé. Là où la peinture orientaliste et animalière du siècle – de Delacroix à Barye, de Gérôme aux animaliers de Salon des années 1870-1880 – cède volontiers au spectaculaire de l’attaque ou du combat, Ronot lui préfère l’instant qui précède, celui où la puissance est encore contenue dans le corps plutôt que déployée dans l’action. Le rugissement du lion de premier plan, gueule ouverte, crocs visibles, regard planté dans celui du spectateur, ne relève pas de la fureur mais de l’avertissement: c’est un cri qui retient plus qu’il ne libère.
La construction lumineuse du tableau porte cette tension. Les corps des fauves émergent d’un fond sombre et dense – feuillage, rocher, sous-bois refermé – traité en larges masses brunes où la touche se fait presque abstraite ; c’est cette obscurité qui, par con haste, fait rayonner les pelages ambrés et les crinières, éclairés comme depuis l’intérieur. Ronot, formé à l’école du dessin plutôt qu’à celle de la couleur pure, reste ici fidèle à une facture minutieuse chaque mèche de crinière, chaque frémissement du poil autour du mufle est individualisé, dans une recherche de vérité anatomique qui doit autant à l’observation directe – les ménageries et jardins zoologiques du Second Empire et de la Troisième République offraient aux pein hes animaliers un accès sans précédent au modèle vivant – qu’à la tradition du dessin académique dont Ronot, élève de Glaize, ne se départit jamais.
Datée de 1866, notre toile précède de dix-sept ans Les Lions, conservée au musée Blanche Hoschedé-Monet de Vernon. La version de Vernon montre un sujet apaisé : un couple de lions au repos, veillant sur deux lionceaux qui jouent à l’entrée d’une grotte – une scène familiale, presque domestique. Notretoile capte, elle, l’instant où tout se joue : deux mâles adultes face à face, à l’orée du bois, dans un rapport de force encore incertain. C’est cette tension qui la distingue et qui en fait, dix-sept ans avant Vernon, le point de départ connu de l’intérêt de Ronot pour le motif léonin – la confrontation avant la quiétude, le drame avant le repos. Un musée français a jugé la version paisible de 1883 assez importante pour l’acquérir dès sa réapparition sur le marché en 2000 un signe supplémentaire que les oeuvres animalières de Ronot, aujourd’hui encore, sont recherchées aussi bien par les institutions que par les collectionneurs privés.
| Siècle | 19ème Siècle |
|---|---|
| Style | Autre Style |
| Type d'Objet | Antiquités |

